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Margareta Matache Directrice de l'association Romani Criss(*). Margareta Matache lutte pour que les droits européens soient respectés pour les membres de sa communauté, les Roms, comme pour n'importe quels autres citoyens roumains.  

Tenant son carnet à la main, on la confond avec les dizaines de journalistes qui viennent régulièrement à l'aéroport de Bucarest. Comme eux, elle attend les avions de Roms roumains rapatriés de France depuis l'objectif annoncé par le gouvernement français d'en « raccompagner » 700 dans leur pays d'origine avant la fin du mois d'août. Cette trentenaire à l'air décidé est ici pour vérifier que ces Roms n'ont pas subi d'abus de la part des autorités françaises. « Nous remettons à chacun un dépliant sur lequel on leur rappelle leurs droits et où figure un numéro de téléphone gratuit, en cas de besoin », explique la jeune femme aux cheveux noirs et au teint basané.

Margareta Matache est Rom et dirige depuis 2005 Romani Criss*, l'une des associations les plus actives pour la protection de cette minorité. Ces dernières semaines, elle n'a plus une minute à elle. La politique de la France à l'encontre des Roms, qu'elle qualifie d'« acharnement », l'oblige à maintenir la vingtaine de membres de Romani Criss sur le qui-vive. Pour elle, cela ne fait aucun doute, des abus ont été commis. « Certains Roms m'ont dit qu'on leur avait annoncé la destruction de leur camp et que, quelques jours plus tard, on était venu leur proposer cette aide soi-disant humanitaire de 300 €. Comment auraient-ils pu la refuser ? Si on continue de croire que les Roms sont des malfaiteurs, des trafiquants et des criminels, et qu'ils doivent être rapatriés en masse, alors je pense que dans quelques années on trouvera tout simplement normal de les exterminer », ajoute-t-elle sans hausser la voix, mais en marquant ses mots.

Après la chute de la dictature communiste, en 1989, une poignée de Roms se sont réunis dans le but d'améliorer la situation de leur communauté. Son père fut l'un de ces militants. Margareta a « toujours baigné là-dedans. Mon implication dans le milieu associatif a donc été logique. Mais je sens aussi que j'ai une certaine responsabilité, car j'ai bénéficié des places réservées aux Roms à l'université et de bourses spéciales », note-t elle sans l'ombre d'une gêne. La jeune femme est fière de ses origines, même si elle confesse qu'elle continue de sentir « le regard des autres dans le bus ou dans les discothèques ».

La Roumanie compte entre un million et demi et deux millions de Roms, soit près de 10 % de la population. Des statistiques officielles notent que 90 % des Roms de Roumanie sont pauvres et que 70 % d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Au siège de Romani Criss, des autocollants sur lesquels il est écrit « Tous différents, tous égaux » sont collés un peu partout. Un idéal plus que jamais d'actualité pour Margareta Matache.

*association partenaire du CCFD-Terre Solidaire ( La Croix31/8/2010)