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lundi 30/08/2010

Roms, le débat continue.
Le détour par l'étranger, chemin d'Evangile. P. Jacques Turck, curé des paroisses Saint-Bruno et Saint-Etienne à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)

Le détour par l'étranger est chemin d'évangile ; il est incompatible avec celui de la violence sécuritaire. Mais une fois cette vérité acquise, tout n'est pas simple ! Si tant de pages de la Bible en témoignent, c'est que les prophètes qui ont parcouru ce chemin et en sont devenus les hérauts contre vents et marées l'ont souvent fait au péril de leur vie. Relisons l'histoire d'Élie, d'Élysée, d'Isaïe et de bien d'autres encore.  

Aujourd'hui, si l'Église intervient dans le débat public à propos des étrangers et des Roms, c'est d'abord en s'adressant aux chrétiens, les invitant à se rappeler une vérité centrale de notre foi : toute personne humaine est mon frère, ma sœur, fût-il étranger.

Il y a plus ! Il y a un attachement radical, émotionnel et réfléchi à notre peuple de France et à sa tradition humaniste. Nous ne pouvons concevoir que

notre pays se construise sur des bases qui soient contraires à ce qu'il a inscrit dans sa devise nationale. La « fraternité » n'est pas seulement à usage interne. Nous voulons la vivre à l'égard de chaque être humain. Par sa générosité, notre peuple a maintes fois témoigné de cette conviction lors de chaque cataclysme. C'est dans cette générosité-là qu'il convient aux hommes en responsabilité politique d'aller puiser pour que notre action à l'égard des pauvres se manifeste au quotidien de leur drame.

Nous ne nous reconnaissons pas dans une civilisation qui ferait de l'exclusion un mode de relation habituel envers un étranger. La logique de l'Évangile est une logique de communion et d'inclusion. Ceci apparaît d'autant plus raisonnable et réfléchi que nous savons tous combien nous sommes aujourd'hui, plus qu'hier encore, en situation d'interdépendance avec toutes les cultures et toutes les civilisations qui coexistent de par le monde dans cette société globalisée que nous construisons et que nous aimons, même s'il importe de la réguler.

Est-ce pour autant facile ? Certes non. Oui, il est juste que tous ceux qui vivent sur notre territoire se soumettent aux mêmes lois que les autres. Il est juste que les exactions commises soient sanctionnées. Mais il est injuste de stigmatiser toute une communauté en raison du mauvais comportement de quelques-uns. Les Roms ou d'autres encore.

Français et chrétiens, nous aimerions que notre pays reconnaisse la singularité d'une communauté qui a tracé son chemin dans toute l'Europe, par des voies ancestrales qui nous précèdent et constituent un patrimoine culturel que nous ne pouvons ignorer. La reconnaissance de ces routes et de ceux qui les parcourent est à considérer comme un droit. Un droit particulier qu'il nous faut aménager et non une intrusion illégitime. Si certains Roms se sont sédentarisés, si certains sont devenus français en gardant une part de la culture du nomadisme, nous aurions certainement à en tirer leçon par tout ce que cette culture représente, de dynamisme et d'ascèse, nous qui avons tant de mal à nous déplacer ou à nous accueillir dès lors qu'un travail nous est proposé dans une région qui n'est pas la nôtre.

L'Église prend la parole, persuadée qu'il y a une manière positive de traiter la question des étrangers. C'est de cela que nous devons parler avec ceux qui ont la difficile responsabilité de faire vivre ensemble des communautés aux cultures si diverses. Les évêques et les prêtres qui parlent ne cherchent pas à montrer du doigt les responsables politiques. Mais ils proposent l'aide et la pratique des communautés chrétiennes et sans doute de bien d'autres. L'une de ces contributions consiste à donner conscience aux chrétiens que certains comportements sont contraire à l'Évangile que nous voulons vivre. L'enseignement social est une actualisation de l'Évangile dans la société qui est la nôtre. Ceux qui se déclarent chrétiens pratiquants parmi les responsables politiques savent que, malgré les difficultés, le service commun des pauvres, et parmi eux des étrangers, n'est pas matière à option. Ces responsables sont en droit de compter sur le soutien des communautés chrétiennes pour mettre en œuvre un autre agir politique que la violence sécuritaire.

A Issy-les-Moulineaux, à la porte de notre église une famille de Roms quête tous les dimanches. Certains paroissiens ont appelé mon attention sur leur situation : le père au chômage, les enfants non scolarisés et instrumentalisés pour quêter, qu'il pleuve ou qu'il vente. Notre premier réflexe a été de chercher des solutions par l'école et par le travail avec l'aide du Secours catholique. C'est une goutte d'eau. Mais telle est l'attitude qu'un gouvernement pourrait inviter notre peuple à vivre. Nous en sortirions grandis. Ce serait une bonne nouvelle si nous y réussissions. Ce serait une manière d'éviter aux pauvres les exactions inévitables pour survivre...

En agissant ainsi, serions-nous moins français ? Nous voulons l'être de cette manière...