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« Pour une terre solidaire »
un beau livre pour ouvrir les yeux sur une autre mondialisation
(éditeur Le Cherche Midi – 2011)

111129-terre_solidaire_1CCFD-Terre Solidaire, un demi-siècle d’histoire d’un autre monde possible.
Coécrit par Doan Bui, journaliste au Nouvel Observateur et Jean-Paul Rivière, journaliste indépendant, "Pour une terre solidaire" témoigne d'un engagement collectif pour construire un monde plus humain et nous interroge sur notre avenir commun. Un livre choral, sensible et qui ose une parole politique forte.
Quand Jacqueline Méaux exige d'être embarquée par la police, quand Stéphane Hessel récite un poème et nous berce d'espérance, quand Ariane Ascaride pousse un "coup de gueule" contre les injustices, quand Angelica Lopez fait vivre la cosmogonie maya, quand Patrick Viveret nous parle du bonheur et de la démesure, quand Didier Daeninckx affirme "nous sommes tous des gitans belges", quand Charles Williams lutte pour une juste répartition des terres en Afrique du Sud..., tous nous disent que face au néant, il est urgent de repenser le monde. Á l'individualisme, ils opposent l'action collective, au cynisme, ils répondent par l'espoir, la ténacité, la dignité.

"Pour une terre solidaire" est une invitation à rejoindre cette immense chaîne humaine qui se rassemble pour bâtir un monde de justice : une terre solidaire.

Pour (se ) faire un cadeau, En vente (29 E – 235p Gd format) à la librairie SILOE, 19 rue de la Trinité à Toulouse.

C’est également un nouvel outil d’animation.  N’hésitez pas à demander le kit « Pour une Terre Solidaire » à la Permanence

N’oubliez pas non plus de diffuser autour de vous le N° Spécial 50Ans Faim et Développement qui est gratuit.

Cliquez "Lire la suite.." pour une courte description du contenu du livre

UN LIVRE UTILE POUR TROIS RAISONS 

(cliquez sur les liens en bleu pour lire le contenu des châpitres)

1. Faire connaître

2. Insuffler des témoignages 

3. Montrer des pistes pour faire

 


 

Le scandale de l’huile de palme

Le village d’Icin a été l’un des premiers à voir débarquer les compagnies d’huile de palme.  C’était en 1980, à l’époque du dictateur Suharto. Icin s’en rappelle encore comme si c’était hier. « Ils voulaient nous obliger à céder nos terres. 2 dollars l’hectare. Ma famille était contre. Mon oncle protestait. Il a voulu empêcher les bulldozers de détruire nos plantations d’hévéas et nos rizières. Les militaires sont venus. Ils lui ont tiré dessus. Il a eu peur. Il est parti». L’ancien village d’Icin est cerné par les plantations de palmiers à huile. ]

Aujourd’hui, les entreprises d’huile de palme n’ont plus besoin de militaires pour obtenir ce qu’elles veulent. Elles ont les autorités locales de leur côté. Alors dans les prisons de Sanggau, on voit défiler pas mal de fermiers. Certains sont depuis plusieurs années derrière les barreaux…

Dans tous les villages, c’est la même histoire qu’on vous raconte. Les promesses des planteurs. Les papiers qu’on signe. Ce doux nom de « petit actionnaire ». Et puis la réalité. La « compagnie » qui fixe les prix, à sa convenance. L’expropriation que vous avez paraphé de vos mains. Les terrains « vendus » pour une misère, vingt dollars, cinquante dollars. «

Ce qui se passe actuellement avec les plantations est un drame pour beaucoup de villageois qui tiraient leur subsistance de la forêt, en chassant, cueillant les fruits. », dit John Bamba. Pour les dayaks, la forêt est sacrée, intimement liée à leurs cultures et à leur religion. Vous coupez la forêt, vous tuez leur identité ». […] « Nous sommes comme des fantômes dans notre propre pays ».

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Les paradis fiscaux

Eva Joly, députée Europe Écologie, ancien juge d’instruction

«[…] Le colonialisme moderne, ce sont les paradis fiscaux. Les multinationales exploitent les ressources de pays en voie de développement – or, cuivre, pétrole –, et ne paient pas d’impôts dans les pays où elles opèrent. Elles ne publient pas leurs résultats pays par pays, donc c’est impossible de savoir dans leurs comptes où elles réalisent leurs bénéfices. Ce ne serait pas si compliqué d’exiger une transparence. Il suffirait de l’intégrer dans une directive européenne, de le demander aux commissaires aux comptes. Techniquement, c’est facile. Mais politiquement, la volonté n’y est pas. La lutte contre les paradis fiscaux, c’est d’abord une grande hypocrisie. »

Pouria Amarshi, PS, secrétaire national à la coopération, à la francophonie et aux droits de l’homme.

« 600 à 800 milliards d’euros sont dans un grand circuit informatique invisible, ce trou noir de la finance, et pourraient être mis à contribution, pour atteindre par exemple les objectifs du Millénaire. Il y a un double problème moral. Certains continuent à s’enrichir sur la pauvreté des autres. Et il y a cette manne colossale, ce puits sans fonds de disponibilité financière qui pourrait servir au développement. Et qui est pour l’instant détourné. »

L’immigration

 Reportage/ Histoire (s) de migration : Chine, Roumanie, Espagne, Afrique…

Les chinoises de Moldavie

Je me suis rendue à Bacau, une journée quasiment de route à partir de Bucarest, dans une Dacia cahotante. La particularité de cette usine, c’est qu’elle n’employait que… des chinoises ! Dans l’usine, dans un silence rythmé par les bruits des machines à coudre, elles étaient alignées en blouse bleue. 800 filles. Elles dormaient dans les dortoirs de l’usine, mangeaient à la cantine de l’usine, certaines zappaient même la pause, se contentant de fermer les yeux dans les poings quelques minutes, histoire de gagner un peu plus en heures supplémentaires. […]

Fraises d’hiver. Roumaines contre Maliens.

Huelva. Des plaines recouvertes à l’infini de plastique. Ce sont les serres où l’on cultive les fraises. Dans les plantations, les filles dorment dans des baraquements en toile ondulée où l’on crève de chaud l’été et où l’on grelotte l’hiver. Huit dans par baraque. […] (Un producteur de fraises) : « Il n’y a rien de mieux que les Roumaines !  Elles sont ponctuelles, fiables, travailleuses, obéissantes, elles ne partent pas en plein contrat comme d’autres. […] Mais les producteurs de fraises ont toujours une solution de rechange si la récolte est particulièrement abondante et qu’ils manquent de bras. Ils disposent d’une main d’œuvre d’appoint. Sur place. Celle de la forêt. La lie de la terre, pour eux. […] Comme Modiboun […] grand garçon de 22 ans[…] malien, clandestin, sans papiers. Pas de « contrats d’origine » pour lui, comme on appelle les contrats faits aux Roumaines, Polonaises ou Bulgares ramasseuses de fraises, son origine à lui ne plait pas, pas de contrats du tout, d’ailleurs. […] Modibo est arrivé du Mali il y a cinq ans. Il m’a raconté la longue marche dans le désert, la peur, la fatigue, la traversée de la mer en bateau à fond de cale, l’arrivée aux Canaries, le camp. Pour lui l’Andalousie, c’était la Terre promise, le paradis. Modibo ne m’a pas dit ce qu’il racontait aux copains restés aux pays. Il doit comme tous les autres dire que tout va bien, qu’il s’en sort, qu’il gagne plein d’argent. Pourtant ans, ici, en Europe, Modibo survit plus qu’il ne vit. […]

Barcelone ou la mort : les pirogues de Thiaroye

Pourtant, ils sont des milliers à vouloir passer en Espagne. Coûte que coûte. Au prix de leur vie. Je suis allée dans l’une de ces plages du Sénégal, où se pressent tous les candidats au départ. […] A Thiaroye, j’ai rencontré Kine Mbao. […] Elle m’a raconté comment tous les hommes du village étaient partis. Il n’y a plus assez de poisson dans les mers sénégalaises. Il a été ratissé par les chalutiers espagnols, japonais ou chinois. […] Et les pêcheurs de Thiaroye qui ne pouvaient plus ramener assez de poissons et donc nourrir leur famille. […] Elle m’a désigné du doigt toutes les femmes autour d’elle. « Toutes ont perdu un fils, un frère, un mari. Dans le village, je ne sais même pas combien sont morts. […]

Cruelle ironie de l’histoire, de l’autre côté de la nationale qui mène de Thiaroye à Dakar, il reste encore les vestiges d’un camp. Le camp de Thiaroye. […] Dans ce camp, on a parqué les tirailleurs sénégalais, qui avaient combattu pour la France, en Indochine ou en Algérie. Ils réclamaient la revalorisation de leur pension d’ancien combattant. Ils voulaient être démobilisés et rentrer chez eux au village. […] «  Le camp a été entièrement liquidé […] ».

La Maison du migrant de Gao

Une halte pour les refoulés de l'exil

« Qu'est-ce que tu as ? Tu ne veux pas travailler ? Tu es au chômage ? »

"Non, je suis un refoulé. », lui répond l’autre.

"Qu'est-ce que c'est, un refoulé ? » reprend le père blanc.

Le jeune lui explique alors sa situation. Après avoir tenté l'exil vers l'Europe, il s'est fait renvoyer vers le sud et se retrouve démuni à Gao. Son cas est comparable à celui de nombreux migrants de passage dans cette ville du Mali, dernière étape vers le nord avant la traversée du Sahara […].

Le père Anselm Mahwera, […] avait déjà séjourné à Gao. Il se souvient, qu'à l'époque, les migrants originaires de pays d'Afrique subsaharienne passaient dans cette ville-étape mais ne revenaient plus.

Quelques années plus tard, les choses ont bien changé. La ville malienne riveraine du fleuve Niger voit revenir des portes du désert des refoulés sans argent, sans papiers, malades, fatigués, parfois les habits déchirés et victimes de périodes d'enfermement dans les pays du Maghreb.

Toutes sortes de gens échouent à Gao : des hommes et des jeunes surtout, mais aussi des familles avec femmes et enfants et même des personnes âgées. Anselm Mahwera distingue trois catégories de migrants. Les premiers ne sont qu'en transit, de retour vers leur pays d'origine […]. Ensuite, il y a ceux qui veulent absolument se rendre en Europe et qui repartiront vers le nord à la première occasion. Enfin, il y a des jeunes pour qui leur famille s'est saignée à blanc afin de payer leur voyage. À cause de cet échec, ils ne veulent plus retourner chez eux et certains décident de s'installer à Gao.

L’expertise et la pensée de ceux qui tentent d’apporter des solutions

L’altermondialisme

Chico Whitaker rappelle l'origine des Forums sociaux mondiaux : « L'idée est venue de quelques Brésiliens en l'an 2000, dont je faisais partie. Le Forum économique de Davos existait et fournissait une ligne à penser unique. Selon lui, nous n'avions pas le choix : il fallait s'adapter au marché qui doit tout réguler. Nous avons décidé de monter un autre forum ayant lieu au même moment pour montrer qu'il existait une alternative fondée non sur l'argent mais sur les êtres humains. Pour cette raison, nous l'avons nommé Forum social mondial. » […]

Gustave Massiah, dit « Gus », est une des figures centrales du mouvement altermondialiste.

[…]

Nous sommes à un tournant de l’histoire. On a accepté l’idée que la crise était structurelle, que la crise était globale. Une crise boursière, mais aussi une crise alimentaire et une crise énergétique. C’est vrai, les analystes altermondialistes, développées depuis le début des années 2000 ont été validées. C’est un réel changement de paradigme car auparavant, le néo-libéralisme était tout de même le rationalisme dominant. Rappelons nous ! Alan Greenspan, la main invisible du marché… À une époque pas si lointaine, on pensait que le monde pouvait été régulé par le marché des capitaux. Aujourd’hui, on se rend compte que laisser faire le marché, cela conduit à des catastrophes.

[…]Résister, c’est déjà créer, disait Deleuze. Je souscris entièrement ! Chacun de nous, individuellement, peut déjà résister face au système. C’est ce qui se passe déjà. Regardez le succès des AMAP, des coopératives, des mouvements autour de la gratuité et du don : les citoyens essaient eux aussi d’inventer un nouveau modèle, là, tout de suite. La révolution, ce n’est pas forcément le grand soir ! Ce n’est pas forcément une nuit du 4 Août. Le capitalisme est né dans le monde féodal, dans les marchés, les foires. Ce n’est qu’après plusieurs siècles qu’il est devenu dominant. Le système qui le remplacera est déjà en germe dans nos sociétés. A nous de le créer, de l’inventer, de l’accompagner.  Le mouvement alter est de ce point de vue dans la droite lignée des grands mouvements de défense des droits civiques, des mouvements ouvriers…

Le catholicisme social

Le catholicisme social est une doctrine apparue après la Révolution française et au début de la Révolution industrielle, qui vise à promouvoir une politique sociale conformément aux enseignements de l'Église, ou même à bâtir une nouvelle société humaniste à base chrétienne, en opposition au libéralisme économique.

Parue en 1967, l’encyclique Populorum Progressio de Paul VI, fait office de texte de référence pour les militants catholiques de la solidarité internationale ; elle place le développement solidaire de l’humanité au centre des priorités sociales et ecclésiales.

Populorum Progressio, 3. « Aujourd'hui, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale. [...] Cet enseignement est grave et son application urgente. Les peuples de la faim interpellent aujourd'hui de façon dramatique les peuples de l'opulence. L'Église tressaille devant ce cri d'angoisse et appelle chacun à répondre avec amour à l'appel de son frère. »

Populorum Progressio, 14. « Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme et tous les hommes. […] »

Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions

Dans les années 1920 et 1930 naissent tous les grands mouvements sociaux, l’Action Catholique ouvrière et évidemment les JOC (Jeunesses ouvrières chrétiennes). L’Église est encore très méfiante envers le socialisme, comme le montre l’encyclique de Pie XI, en 1931, qui condamne très fermement le communisme et le socialisme. Ce n’est qu’après la Seconde guerre que des ponts vont se former. Avec l’apogée d’un catholicisme de gauche. Bien incarné par la naissance du Secours catholique en 1947. D’Emmaüs et de l’appel de l’Abbé Pierre en 1954. Et puis, sous fond de décolonisation d’une association comme le CCF, en 1961. 1961, ce sont les indépendances des pays du Sud. Et l’émergence de la notion de Tiers monde. C’est dans les années 1960 que l’Église va prendre des positions sur l’immigration par exemple : Jean XXIII défend ainsi le droit des peuples à émigrer. Autre temps fort : l’encyclique de Paul VI en 1967, Populorum Progresio, sur le développement des peuples, qui a eu une influence très profonde sur tous les mouvements de solidarité internationale.

Et aujourd’hui, où en est-on ?

L’avènement de Jean-Paul II en 1978 a clairement sonné le glas d’une certaine ouverture. Le catholicisme s’est replié sur une quête très identitaire, ce qui a jeté le trouble dans l’ensemble de la communauté. Aujourd’hui, le catholicisme social est clairement en crise. Aucune grande association nouvelle n’a été créée, n’a pris le relais des grands mouvements des années 1950 ou 1960. Si le catholicisme se porte plutôt bien dans le reste du monde, en Europe, c’est la déshérence totale. Sur les grands sujets, la mondialisation, l’immigration, les catholiques tâtonnent. Comme tout le monde ! Qu’est-ce qu’être un catholique social, un catholique de gauche, en 2011 ? Difficile à dire. L’espace s’est rétréci. […]

Experts institutionnels

Majid Rahnema

Né en 1924, Majid Rahnema est diplomate de carrière. Ancien ministre de l'Enseignement supérieur en Iran, membre du Conseil exécutif de l'UNESCO dans les années 70, résident des Nations unies au Mali, il se consacre aux questions de développement et de pauvreté. Il est l'auteur de « Quand la misère chasse la pauvreté » et de « La puissance des pauvres » (Actes sud).

Vous êtes très méfiant envers le terme « pauvreté » .

La « pauvreté » est devenue un sujet d’étude pour des milliers d’experts et d’économistes. Désormais, c’est la définition de la Banque mondiale qui prime. Est pauvre celui qui vit avec moins de 2 dollars par jour. Qui serait – pourquoi, d’ailleurs, qui en a décidé ainsi ? – le seuil de pauvreté. Mais que veulent dire ces chiffres ? Ces études très sérieuses ? Je m’interroge. Des économistes comme Jeffrey Sachs ont ainsi calculé que si nous nous privions d’un cappucino par semaine, nous réglerions la pauvreté dans le monde. Ce genre de solution est très séduisante. Mais là aussi je m’en méfie. On peut tout faire dire aux chiffres. Est-ce que si on augmente de 2 à 3 dollars par jour, le niveau de revenu de cette fameuse catégorie appelée pauvre, on règle le problème de fond ? Non. En France, on fait partie des pauvres si on gagne 30 euros par jour, soit 15 fois plus que dans les pays qui se définissent comme sous-développés. Nous sommes dans un pays « riche », mais nous n’avons pas réglé le problème de la pauvreté. Au contraire, on se rend compte que la croissance n’éradique ni les inégalités, ni la pauvreté. Elle crée de nouveaux besoins. On se sent pauvre, si on n’a pas de voiture, si on n’a pas d’écrans plats… C’est le marketing, l’économie de marché, qui décide pour nous. L’économie « moderne » est totalement dévoyée, à mille lieues de son sens originel.

Et quel est le sens originel du mot « économie » ?

Le mot économie vient du grec oikonomia. C'est un mot inventé par les Grecs pour décrire la gestion des besoins d’un foyer : nourriture, habillement… On discutait des besoins ressentis en famille et de comment les satisfaire le plus économiquement possible. C’était donc, une économie de subsistance, le contraire du gaspillage. Aujourd'hui l'économie ne sert plus les besoins de la société. L'économie a sa propre logique, une logique financière. Il s’agit d’être le plus rentable, le plus profitable. Avant on produisait pour soi-même, pour sa famille. Aujourd’hui plus personne ne produit pour sa famille ni même pour sa communauté. On produit pour exporter parce que cela rapporte des devises. On en arrive à des aberrations scandaleuses : pendant la grande famine des années 1980 en Afrique, alors que les gens mouraient de faim, la Somalie et l’Égypte exportaient de la nourriture pour chiens et chats… Cela ne s’est pas arrangé. Regardez ce qui s’est passé lors des émeutes de la faim. Des pays, où la population souffrait des hausses de prix du riz ou des matières agricoles de base, exportent du sésame, de l’huile de palme, du café. Ils étaient autosuffisants d’un point de vue agricole, ils ne sont plus. Notre système économique admet, voire bénit, le gaspillage : on a, à une période, brûlé les excédents agricoles de la PAC pour ne pas perturber les prix.

 

Olivier de Schutter, rapporteur à l'ONU sur le droit à l’alimentation

 

Juriste et professeur de droit à l’université catholique de Louvain, il a succédé en 2008 à Jean Ziegler au poste de rapporteur spécial pour le droit à l’Alimentation du Conseil des droits de l’homme à l’ONU. De 2004 à 2008, il a été secrétaire de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme), où il était chargé des questions autour de la mondialisation économique.

[…] Le discours des multinationales de l'agro-business : on ne pourrait ni se passer des OGM, ni des engrais, bref, du modèle d'une agriculture productiviste.

Je ne crois pas en cette approche. Le premier problème, c'est que les agriculteurs, qui ont relancé la production sur ce modèle, sont devenus très dépendants de l'importation des semences, des pesticides et des engrais. En Inde, ils ont été obligés de s'endetter et ils n'arrivent plus à faire face. Le résultat, c'est qu'on ne règle en rien la sécurité alimentaire puisque les paysans deviennent dépendants de l'importation des intrants. De plus, avec l'augmentation du prix du pétrole, celui des engrais explose aussi. Bref, il faut trouver un autre modèle. La crise alimentaire et la crise écologique sont intimement liées. Les pays du Sud sont les premiers à souffrir du réchauffement climatique : désertification, appauvrissement des sols, inondations. On pense souvent qu'une agriculture durable, respectueuse de l'environnement, est synonyme de faible rendement. C'est une idée préconçue. Nous avons mené une étude sur 196 projets d'agriculture durable dans des pays du Sud, où nous nous sommes rendus compte, qu'au contraire, il pouvait y avoir une hausse des rendements spectaculaires.


Insuffler des témoignages

Henry Quinson

Votre vie est un roman…

« J’ai été dans trois endroits qui concentrent tous les fantasmes : une salle de marché, une abbaye, la banlieue. L’argent, Dieu, les autres. D’une certaine manière, ma vie est caricaturale. Un cliché ambulant ! Je suis né à Neuilly-sur-Seine, j’ai vécu aux États-Unis, mon père étant américain, et moi-même j’ai la double nationalité. J’ai passé une partie de mon enfance dans les beaux quartiers de Paris, je suis un fils de bonne famille, comme on dit. Et puis j’ai été trader. À 28 ans, je suis très rapidement devenu riche : on gérait à cinq un portefeuille d’options et de change qui correspondait à peu près au budget de la Tunisie, soit 15 milliards de dollars. Et puis j’ai tout abandonné. Je suis devenu pauvre. En 1989, j’ai démissionné de la Banque. Et je suis rentré au monastère cistercien de Tamié. Cela a été un long cheminement. Je vivais dans une famille chrétienne, mais je n’avais pas fait d’expérience personnelle de Dieu. Et puis j’ai redécouvert la prière à l’âge de 20 ans. Comment expliquer ? C’est en effet compliqué mais très simple à la fois. Je me suis adressé à lui. »

Stéphane Hessel

« […] deux vers de Sous le pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire me viennent à l’esprit :

Comme la vie est lente

Et comme l’espérance est violente

Quand on a l’âge canonique qui est le mien, 94 ans dans 2 mois, on a l’impression que cette vie a été longue et lente mais que justement tout au long de ces années qui passent il y a une chose qui reste et qui est l’espérance.

Pour moi ces deux vers ont une signification par rapport à l’individu –l’homme qui aime- mais aussi par rapport à la société, les sociétés humaines qui se propagent le long des siècles, qui ont du mal à trouver la voix, mais qui gardent en tout état de cause ce besoin d’espérance qui nous permet de voir l’avenir avec un certain courage. […]

Je crois que des gens qui ont la chance extraordinaire qui a été la mienne de surmonter des épreuves, des tentatives, de les surmonter en ne trouvant pas toujours la bonne solution, en cherchant et en cherchant encore, je crois que leur âme est le siège d’une espérance qui ne veut pas baisser les bras. Et si j’ai un message maintenant que je me suis lancé dans cette opération un peu folle de Indignez-vous !, qui est en train de parcourir la planète, c’est qu’il faut essayer d’insuffler à ceux qui vous lisent et à ceux qui vous écoutent, à ceux qui vous entourent, une confiance en eux-mêmes qui est l’exact correspondant de l’espérance. On ne peut avoir confiance en soi, confiance en son action que si on est porté par une violente espérance. »

Olivier Py

Dramaturge, metteur en scène et comédien

« L'utopie, c'est mon quotidien. Cela fait 25 ans que je fais du théâtre et que j'entends que le théâtre public est condamné, qu'il n'est pas en contact avec la société, que les salles sont vides. Et pourtant nous sommes toujours là. Oui, faire du théâtre, c'est un geste utopique, et pourtant, c'est un acte qui donne profondément sens à nos vies, nous ancre dans le réel, capte notre part de vérité. J'aime les combats utopiques, les combats perdus d'avance, ce sont les plus beaux à mener. Dans ma vie, j'en ai mené pas mal. Par romantisme, mais aussi parce que je suis croyant. La foi, c'est un engagement personnel très fort. Qui vous amène certainement à vous lancer dans des batailles, même quand on vous dit qu'elles sont déjà perdues. […] Les cyniques diront que cela ne sert à rien. Ils ont tort. Je suis persuadé que la somme de tous ces combats perdus peut changer l'homme. Déjà, elle nous change, nous. On gagne beaucoup en menant ces batailles. On crée une communauté d'esprit. On se construit soi-même.  C'est une espèce de rempart intérieur que vous vous bâtissez. Cette force-là, elle est partout autour de nous. Quelle leçon ainsi pour nous que cette insurrection spontanée qu'a été le printemps arabe ! Tout est parti pourtant d'un sacrifice, d'un homme qui se battait pour sa dignité et s'est immolé par le feu. C'était une utopie, c'est devenu une révolution. Je m'étonne qu'il n'y ait pas plus de révoltes en France, dans les quartiers difficiles, parmi tous ceux qui ont été si durement affectés par la crise. Comme si nous avions perdu notre capacité à nous mobiliser collectivement. Mais qui sait, l'avenir peut nous réserver bien des surprises. »

Des nouvelles littéraires

Flonflon se lève un matin ; son étiquette de pyjama le gratte ;  surtout, il est Président de la République. Car il a dit un jour « Votez pour une terre solidaire ». Il doit prononcer un discours à la TV devant tous les Français. Extrait :

J’en appelle à toutes et à tous ! Grenouille de bénitier, impie des mauvais quartier, mécréant assumé, ignorant ignoré ! Tous ensemble, tous ensemble ouais ! Ouais ! Pas besoin de certificat ou de confirmation ! On ne demande pas ses papiers à l’humanité ! Croix de bois, croissant de feu ! Etoile noire ou rose fanée ! A moi, révolutionnaires oranges des mornes plaines du centre, renégat du bleu-roi !, ahuri désabusé errant dans le mausolée, converti du poing levé, égaré enflammé, vert fratricide ou républicain effronté, à moi tous ceux qui croient ! A moi tous ceux qui croient que chaque sourire est une OPA sur l’avenir ! Chaque main tendue une fusion ! Chaque décision en faveur de l’amour une politique de relance ! Nous serons la bourse des indigents ! Le stock exchange de ceux qui veulent tout donner car ils n’ont rien à perdre ! A moi tous ceux qui ont voté Terre Solidaire ! Vous êtes les ministres et je ne suis qu’un contribuable…

-Monsieur le Président ?

-Heu ?

- Nous avons du rendre l’antenne…c’est l’heure du Gros deal avec notre animateur vedette.


 

Montrer des pistes pour faire - Dans le cadre d’une organisation

Le délégué général du CCFD présente la vision de l’organisation dans une interview, extrait :

« […] Etre acteur de sa propre histoire, c’est la définition du développement qui me semble la plus en adéquation avec la vision du CCFD-Terre Solidaire. Nous sommes des utopistes. Nous devons décrire le monde que nous souhaitons. Dans sa régulation humaine, dans sa régulation économique. Le chemin à parcourir d’ici à notre utopie sera peut être long, sinueux, parcouru d’accélérations historiques comme en ce début d’année 2011… mais chaque pas provoquera du changement. Je ne dirai pas ce qui doit être le point d’aboutissement de leur révolution. A chacun de voir quelle forme peut prendre la libération de l’homme. »

Le responsable des partenariats Afrique présente la particularité du travail du CCFD, extrait :

« Parce que les raisons de la pauvreté sont structurelles, il est indispensable de formuler des réponses d’ordre « politique » et pas seulement techniques. Seule l’action citoyenne est le moteur de la transformation sociale. Cette transformation sociale n’est pas le « gadget » d’intellos : c’est le cœur d’un vrai partenariat autour d’un intérêt partagé. Pout nous, pas de « bénéficiaire »,  nous aimons trop les hommes pour les réduire à des réceptacles. Nous pensons que chacun doit pouvoir être maître de son propre destin, acteur de sa propre vie. Les projets que nous soutenons doivent être au plus près des réalité du terrain, mis en œuvre par les populations locales et bénéficier à leur propre développement ».

Montrer des pistes pour faire - En tant que citoyen

L’expertise est citoyenne ! Pascal Vincens, Directeur de l’éducation au développement du CCFD - Terre solidaire

« L’expertise est citoyenne ! […] Ainsi le développement n’est pas simplement l’affaire des intellectuels, des chercheurs, des économistes, des dirigeants politiques ou économiques. Il est aussi (et surtout) l’affaire des paysans, des ouvriers, des techniciens, des pauvres, des miséreux. Et si le rouleau compresseur de la peur, de la résignation, de l’impuissance affectent ces capacités au point, parfois, de les restreindre à la portion congru chez nombre d’entre nous, il ne parviendra jamais à les faire disparaître. Bonne nouvelle ! »

Quelques exemples d’actions citoyennes, aussi bien dans des pays du sud qu’en France.

  • En France, des femmes et des hommes choisissent d’investir leur épargne pour racheter des terres agricoles et de les confier, pour un temps donné à l’usage d’un fermier qui la cultivera  de façon écologique, voire biologique. Regroupés dans l’association Terre de Liens, ils promeuvent une conception alternative de la terre et ont inventé les mécanismes permettant de la soustraire de l’emprise spéculative et des logiques productivistes. Voir page 79
  • Un quartier aux environs de Toulon gravement affecté par le chômage et la mise à l’écart sociale. Des femmes d’origines multiples, se réunissent, d’abord un club de cuisine, puis un restaurant. Aujourd’hui, le Petit Prince ouvre ses portes tous les jours à l’heure du déjeuner, une réussite économique et sociale, mais aussi et surtout, la création d’une véritable solidarité de proximité. Voir page 168
  • Jacqueline Méaux, à 65 ans, exige de se faire embarquer par la police monégasque avec le groupe de militants qu’elle accompagne, et qui dénonce l’hypocrisie des pays du G20 sur le sujet des paradis fiscaux. Voir page 66
  • En Afrique du Sud, le SPP (Surplus people project) agit pour mettre en œuvre la réforme agraire décidée à la fin du régime d'apartheid ; il défend l'installation de fermiers noirs pratiquant une agriculture familiale et biologique. Jusque-là, des fermiers blancs exploitaient l'essentiel de la terre en y pratiquant les méthodes de l'agrobusiness. Grâce à son action, depuis 2008, 40 000 ha de terres ont été attribués à 350 exploitants. Voir page 29
  • En Afrique du Sud toujours, préoccupés par la misère des townships (bidonvilles), des citoyens ont décidé d’unir leurs efforts pour mettre sur pied une organisation de micro-finance : Tembeka. Leurs constats et leurs analyses les ont conduits à affirmer, qu’au cœur même des situations de misère, des hommes et des femmes sont capables de prise d’initiatives économiques qui vont transformer leur vie pour peu qu’ils aient accès à quelques financements. Et ça marche ! Voir page 12
  • En Inde, plus de 500 000 femmes dans plus de 500 villages… C’est le réseau incroyable qu’a réussi à constituer Christina Samy, fondatrice du réseau Swate « Society of Women in action for Total Empowerment », qui milite pour la défense du droits des femmes, et membre du parti politique Women’s Front. Voir page 80

III PROLOGUE  - Extrait de la préface du Président du CCFD, Guy Aurenche.

« Notre Comité ne serait pas lui-même s’il ne vibrait pas d’une grande symphonie de convictions. Oui il puise son énergie, son souffle dans la Bonne Nouvelle chrétienne et dans la pensée sociale de l’Église. Loin de l’enfermer dans une chapelle, la « catholicité » du CCFD–Terre Solidaire ne peut être qu’ouverture aux diverses propositions de sens qui vivifient l’humanité. »

Oui bien (message laïc) : « Car c’est bien de cela dont parle ce livre. Des milliers de femmes, d’hommes, d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, se mettent en route, jouent leur vie dans une chorégraphie de la solidarité pour davantage de justice.

Aujourd’hui une immense chaîne humaine se rassemble, agit, croit, réfléchit, prie, espère, en un mot danse l’espérance ! »

 

« Pour une terre solidaire », un beau livre pour ouvrir les yeux sur une autre mondialisation (éditeur Le Cherche Midi – 2011)

CCFD-Terre Solidaire, un demi-siècle d’histoire d’un autre monde possible. Coécrit par Doan Bui, journaliste au Nouvel Observateur et Jean-Paul Rivière, journaliste indépendant, "Pour une terre solidaire" témoigne d'un engagement collectif pour construire un monde plus humain et nous interroge sur notre avenir commun. Un livre choral, sensible et qui ose une parole politique forte.
Quand Jacqueline Méaux exige d'être embarquée par la police, quand Stéphane Hessel récite un poème et nous berce d'espérance, quand Ariane Ascaride pousse un "coup de gueule" contre les injustices, quand Angelica Lopez fait vivre la cosmogonie maya, quand Patrick Viveret nous parle du bonheur et de la démesure, quand Didier Daeninckx affirme "nous sommes tous des gitans belges", quand Charles Williams lutte pour une juste répartition des terres en Afrique du Sud..., tous nous disent que face au néant, il est urgent de repenser le monde. Á l'individualisme, ils opposent l'action collective, au cynisme, ils répondent par l'espoir, la ténacité, la dignité.

"Pour une terre solidaire" est une invitation à rejoindre cette immense chaîne humaine qui se rassemble pour bâtir un monde de justice : une terre solidaire.

 

Pour (se ) faire un cadeau, En vente (29 E – 235p Gd format) à la librairie SILOE, 19 rue de la Trinité à Toulouse. C’est également un nouvel outil d’animation. N’hésitez pas à demander le kit « Pour une Terre Solidaire » à la Permanence

 

N’oubliez pas non plus de diffuser autour de vous le N° Spécial 50Ans Faim et Développement qui est gratuit.

 Sélection d’extraits du livre

 

 

UN LIVRE UTILE POUR TROIS RAISONS

Faire connaître

Des scandales et des drames qui ont lieu sur notre planète

L’huile de palme

Le scandale de l’huile de palme

Le village d’Icin a été l’un des premiers à voir débarquer les compagnies d’huile de palme.  C’était en 1980, à l’époque du dictateur Suharto. Icin s’en rappelle encore comme si c’était hier. « Ils voulaient nous obliger à céder nos terres. 2 dollars l’hectare. Ma famille était contre. Mon oncle protestait. Il a voulu empêcher les bulldozers de détruire nos plantations d’hévéas et nos rizières. Les militaires sont venus. Ils lui ont tiré dessus. Il a eu peur. Il est parti». L’ancien village d’Icin est cerné par les plantations de palmiers à huile. ]

Aujourd’hui, les entreprises d’huile de palme n’ont plus besoin de militaires pour obtenir ce qu’elles veulent. Elles ont les autorités locales de leur côté. Alors dans les prisons de Sanggau, on voit défiler pas mal de fermiers. Certains sont depuis plusieurs années derrière les barreaux…

Dans tous les villages, c’est la même histoire qu’on vous raconte. Les promesses des planteurs. Les papiers qu’on signe. Ce doux nom de « petit actionnaire ». Et puis la réalité. La « compagnie » qui fixe les prix, à sa convenance. L’expropriation que vous avez paraphé de vos mains. Les terrains « vendus » pour une misère, vingt dollars, cinquante dollars. «

 Ce qui se passe actuellement avec les plantations est un drame pour beaucoup de villageois qui tiraient leur subsistance de la forêt, en chassant, cueillant les fruits. », dit John Bamba. Pour les dayaks, la forêt est sacrée, intimement liée à leurs cultures et à leur religion. Vous coupez la forêt, vous tuez leur identité ». […] « Nous sommes comme des fantômes dans notre propre pays ».

Les paradis fiscaux

Eva Joly, députée Europe Écologie, ancien juge d’instruction

«[…] Le colonialisme moderne, ce sont les paradis fiscaux. Les multinationales exploitent les ressources de pays en voie de développement – or, cuivre, pétrole –, et ne paient pas d’impôts dans les pays où elles opèrent. Elles ne publient pas leurs résultats pays par pays, donc c’est impossible de savoir dans leurs comptes où elles réalisent leurs bénéfices. Ce ne serait pas si compliqué d’exiger une transparence. Il suffirait de l’intégrer dans une directive européenne, de le demander aux commissaires aux comptes. Techniquement, c’est facile. Mais politiquement, la volonté n’y est pas. La lutte contre les paradis fiscaux, c’est d’abord une grande hypocrisie. »

 

Pouria Amarshi, PS, secrétaire national à la coopération, à la francophonie et aux droits de l’homme.

« 600 à 800 milliards d’euros sont dans un grand circuit informatique invisible, ce trou noir de la finance, et pourraient être mis à contribution, pour atteindre par exemple les objectifs du Millénaire. Il y a un double problème moral. Certains continuent à s’enrichir sur la pauvreté des autres. Et il y a cette manne colossale, ce puits sans fonds de disponibilité financière qui pourrait servir au développement. Et qui est pour l’instant détourné. »

L’immigration

 

Reportage/ Histoire (s) de migration : Chine, Roumanie, Espagne, Afrique…

Les chinoises de Moldavie

Je me suis rendue à Bacau, une journée quasiment de route à partir de Bucarest, dans une Dacia cahotante. La particularité de cette usine, c’est qu’elle n’employait que… des chinoises ! Dans l’usine, dans un silence rythmé par les bruits des machines à coudre, elles étaient alignées en blouse bleue. 800 filles. Elles dormaient dans les dortoirs de l’usine, mangeaient à la cantine de l’usine, certaines zappaient même la pause, se contentant de fermer les yeux dans les poings quelques minutes, histoire de gagner un peu plus en heures supplémentaires. […]

Fraises d’hiver. Roumaines contre Maliens.

Huelva. Des plaines recouvertes à l’infini de plastique. Ce sont les serres où l’on cultive les fraises. Dans les plantations, les filles dorment dans des baraquements en toile ondulée où l’on crève de chaud l’été et où l’on grelotte l’hiver. Huit dans par baraque. […] (Un producteur de fraises) : « Il n’y a rien de mieux que les Roumaines !  Elles sont ponctuelles, fiables, travailleuses, obéissantes, elles ne partent pas en plein contrat comme d’autres. […] Mais les producteurs de fraises ont toujours une solution de rechange si la récolte est particulièrement abondante et qu’ils manquent de bras. Ils disposent d’une main d’œuvre d’appoint. Sur place. Celle de la forêt. La lie de la terre, pour eux. […] Comme Modiboun […] grand garçon de 22 ans[…] malien, clandestin, sans papiers. Pas de « contrats d’origine » pour lui, comme on appelle les contrats faits aux Roumaines, Polonaises ou Bulgares ramasseuses de fraises, son origine à lui ne plait pas, pas de contrats du tout, d’ailleurs. […] Modibo est arrivé du Mali il y a cinq ans. Il m’a raconté la longue marche dans le désert, la peur, la fatigue, la traversée de la mer en bateau à fond de cale, l’arrivée aux Canaries, le camp. Pour lui l’Andalousie, c’était la Terre promise, le paradis. Modibo ne m’a pas dit ce qu’il racontait aux copains restés aux pays. Il doit comme tous les autres dire que tout va bien, qu’il s’en sort, qu’il gagne plein d’argent. Pourtant ans, ici, en Europe, Modibo survit plus qu’il ne vit. […]

Barcelone ou la mort : les pirogues de Thiaroye

Pourtant, ils sont des milliers à vouloir passer en Espagne. Coûte que coûte. Au prix de leur vie. Je suis allée dans l’une de ces plages du Sénégal, où se pressent tous les candidats au départ. […] A Thiaroye, j’ai rencontré Kine Mbao. […] Elle m’a raconté comment tous les hommes du village étaient partis. Il n’y a plus assez de poisson dans les mers sénégalaises. Il a été ratissé par les chalutiers espagnols, japonais ou chinois. […] Et les pêcheurs de Thiaroye qui ne pouvaient plus ramener assez de poissons et donc nourrir leur famille. […] Elle m’a désigné du doigt toutes les femmes autour d’elle. « Toutes ont perdu un fils, un frère, un mari. Dans le village, je ne sais même pas combien sont morts. […]

Cruelle ironie de l’histoire, de l’autre côté de la nationale qui mène de Thiaroye à Dakar, il reste encore les vestiges d’un camp. Le camp de Thiaroye. […] Dans ce camp, on a parqué les tirailleurs sénégalais, qui avaient combattu pour la France, en Indochine ou en Algérie. Ils réclamaient la revalorisation de leur pension d’ancien combattant. Ils voulaient être démobilisés et rentrer chez eux au village. […] «  Le camp a été entièrement liquidé […] ».

 

OU

 

La Maison du migrant de Gao

Une halte pour les refoulés de l'exil

 

 « Qu'est-ce que tu as ? Tu ne veux pas travailler ? Tu es au chômage ? »

"Non, je suis un refoulé. », lui répond l’autre.

"Qu'est-ce que c'est, un refoulé ? » reprend le père blanc.

Le jeune lui explique alors sa situation. Après avoir tenté l'exil vers l'Europe, il s'est fait renvoyer vers le sud et se retrouve démuni à Gao. Son cas est comparable à celui de nombreux migrants de passage dans cette ville du Mali, dernière étape vers le nord avant la traversée du Sahara […].

Le père Anselm Mahwera, […] avait déjà séjourné à Gao. Il se souvient, qu'à l'époque, les migrants originaires de pays d'Afrique subsaharienne passaient dans cette ville-étape mais ne revenaient plus.

Quelques années plus tard, les choses ont bien changé. La ville malienne riveraine du fleuve Niger voit revenir des portes du désert des refoulés sans argent, sans papiers, malades, fatigués, parfois les habits déchirés et victimes de périodes d'enfermement dans les pays du Maghreb.

Toutes sortes de gens échouent à Gao : des hommes et des jeunes surtout, mais aussi des familles avec femmes et enfants et même des personnes âgées. Anselm Mahwera distingue trois catégories de migrants. Les premiers ne sont qu'en transit, de retour vers leur pays d'origine […]. Ensuite, il y a ceux qui veulent absolument se rendre en Europe et qui repartiront vers le nord à la première occasion. Enfin, il y a des jeunes pour qui leur famille s'est saignée à blanc afin de payer leur voyage. À cause de cet échec, ils ne veulent plus retourner chez eux et certains décident de s'installer à Gao.

L’expertise et la pensée de ceux qui tentent d’apporter des solutions

L’altermondialisme

Chico Whitaker rappelle l'origine des Forums sociaux mondiaux : « L'idée est venue de quelques Brésiliens en l'an 2000, dont je faisais partie. Le Forum économique de Davos existait et fournissait une ligne à penser unique. Selon lui, nous n'avions pas le choix : il fallait s'adapter au marché qui doit tout réguler. Nous avons décidé de monter un autre forum ayant lieu au même moment pour montrer qu'il existait une alternative fondée non sur l'argent mais sur les êtres humains. Pour cette raison, nous l'avons nommé Forum social mondial. » […]

Gustave Massiah, dit « Gus », est une des figures centrales du mouvement altermondialiste.

[…]

Nous sommes à un tournant de l’histoire. On a accepté l’idée que la crise était structurelle, que la crise était globale. Une crise boursière, mais aussi une crise alimentaire et une crise énergétique. C’est vrai, les analystes altermondialistes, développées depuis le début des années 2000 ont été validées. C’est un réel changement de paradigme car auparavant, le néo-libéralisme était tout de même le rationalisme dominant. Rappelons nous ! Alan Greenspan, la main invisible du marché… À une époque pas si lointaine, on pensait que le monde pouvait été régulé par le marché des capitaux. Aujourd’hui, on se rend compte que laisser faire le marché, cela conduit à des catastrophes.

[…]Résister, c’est déjà créer, disait Deleuze. Je souscris entièrement ! Chacun de nous, individuellement, peut déjà résister face au système. C’est ce qui se passe déjà. Regardez le succès des AMAP, des coopératives, des mouvements autour de la gratuité et du don : les citoyens essaient eux aussi d’inventer un nouveau modèle, là, tout de suite. La révolution, ce n’est pas forcément le grand soir ! Ce n’est pas forcément une nuit du 4 Août. Le capitalisme est né dans le monde féodal, dans les marchés, les foires. Ce n’est qu’après plusieurs siècles qu’il est devenu dominant. Le système qui le remplacera est déjà en germe dans nos sociétés. A nous de le créer, de l’inventer, de l’accompagner.  Le mouvement alter est de ce point de vue dans la droite lignée des grands mouvements de défense des droits civiques, des mouvements ouvriers…

Le catholicisme social

Le catholicisme social est une doctrine apparue après la Révolution française et au début de la Révolution industrielle, qui vise à promouvoir une politique sociale conformément aux enseignements de l'Église, ou même à bâtir une nouvelle société humaniste à base chrétienne, en opposition au libéralisme économique.

Parue en 1967, l’encyclique Populorum Progressio de Paul VI, fait office de texte de référence pour les militants catholiques de la solidarité internationale ; elle place le développement solidaire de l’humanité au centre des priorités sociales et ecclésiales.

Populorum Progressio, 3. « Aujourd'hui, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale. [...] Cet enseignement est grave et son application urgente. Les peuples de la faim interpellent aujourd'hui de façon dramatique les peuples de l'opulence. L'Église tressaille devant ce cri d'angoisse et appelle chacun à répondre avec amour à l'appel de son frère. »

Populorum Progressio, 14. « Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme et tous les hommes. […] »

Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions

Dans les années 1920 et 1930 naissent tous les grands mouvements sociaux, l’Action Catholique ouvrière et évidemment les JOC (Jeunesses ouvrières chrétiennes). L’Église est encore très méfiante envers le socialisme, comme le montre l’encyclique de Pie XI, en 1931, qui condamne très fermement le communisme et le socialisme. Ce n’est qu’après la Seconde guerre que des ponts vont se former. Avec l’apogée d’un catholicisme de gauche. Bien incarné par la naissance du Secours catholique en 1947. D’Emmaüs et de l’appel de l’Abbé Pierre en 1954. Et puis, sous fond de décolonisation d’une association comme le CCF, en 1961. 1961, ce sont les indépendances des pays du Sud. Et l’émergence de la notion de Tiers monde. C’est dans les années 1960 que l’Église va prendre des positions sur l’immigration par exemple : Jean XXIII défend ainsi le droit des peuples à émigrer. Autre temps fort : l’encyclique de Paul VI en 1967, Populorum Progresio, sur le développement des peuples, qui a eu une influence très profonde sur tous les mouvements de solidarité internationale.

Et aujourd’hui, où en est-on ?

L’avènement de Jean-Paul II en 1978 a clairement sonné le glas d’une certaine ouverture. Le catholicisme s’est replié sur une quête très identitaire, ce qui a jeté le trouble dans l’ensemble de la communauté. Aujourd’hui, le catholicisme social est clairement en crise. Aucune grande association nouvelle n’a été créée, n’a pris le relais des grands mouvements des années 1950 ou 1960. Si le catholicisme se porte plutôt bien dans le reste du monde, en Europe, c’est la déshérence totale. Sur les grands sujets, la mondialisation, l’immigration, les catholiques tâtonnent. Comme tout le monde ! Qu’est-ce qu’être un catholique social, un catholique de gauche, en 2011 ? Difficile à dire. L’espace s’est rétréci. […]

Experts institutionnels

Majid Rahnema

 

Né en 1924, Majid Rahnema est diplomate de carrière. Ancien ministre de l'Enseignement supérieur en Iran, membre du Conseil exécutif de l'UNESCO dans les années 70, résident des Nations unies au Mali, il se consacre aux questions de développement et de pauvreté. Il est l'auteur de « Quand la misère chasse la pauvreté » et de « La puissance des pauvres » (Actes sud).

Vous êtes très méfiant envers le terme « pauvreté » .

La « pauvreté » est devenue un sujet d’étude pour des milliers d’experts et d’économistes. Désormais, c’est la définition de la Banque mondiale qui prime. Est pauvre celui qui vit avec moins de 2 dollars par jour. Qui serait – pourquoi, d’ailleurs, qui en a décidé ainsi ? – le seuil de pauvreté. Mais que veulent dire ces chiffres ? Ces études très sérieuses ? Je m’interroge. Des économistes comme Jeffrey Sachs ont ainsi calculé que si nous nous privions d’un cappucino par semaine, nous réglerions la pauvreté dans le monde. Ce genre de solution est très séduisante. Mais là aussi je m’en méfie. On peut tout faire dire aux chiffres. Est-ce que si on augmente de 2 à 3 dollars par jour, le niveau de revenu de cette fameuse catégorie appelée pauvre, on règle le problème de fond ? Non. En France, on fait partie des pauvres si on gagne 30 euros par jour, soit 15 fois plus que dans les pays qui se définissent comme sous-développés. Nous sommes dans un pays « riche », mais nous n’avons pas réglé le problème de la pauvreté. Au contraire, on se rend compte que la croissance n’éradique ni les inégalités, ni la pauvreté. Elle crée de nouveaux besoins. On se sent pauvre, si on n’a pas de voiture, si on n’a pas d’écrans plats… C’est le marketing, l’économie de marché, qui décide pour nous. L’économie « moderne » est totalement dévoyée, à mille lieues de son sens originel.

Et quel est le sens originel du mot « économie » ?

Le mot économie vient du grec oikonomia. C'est un mot inventé par les Grecs pour décrire la gestion des besoins d’un foyer : nourriture, habillement… On discutait des besoins ressentis en famille et de comment les satisfaire le plus économiquement possible. C’était donc, une économie de subsistance, le contraire du gaspillage. Aujourd'hui l'économie ne sert plus les besoins de la société. L'économie a sa propre logique, une logique financière. Il s’agit d’être le plus rentable, le plus profitable. Avant on produisait pour soi-même, pour sa famille. Aujourd’hui plus personne ne produit pour sa famille ni même pour sa communauté. On produit pour exporter parce que cela rapporte des devises. On en arrive à des aberrations scandaleuses : pendant la grande famine des années 1980 en Afrique, alors que les gens mouraient de faim, la Somalie et l’Égypte exportaient de la nourriture pour chiens et chats… Cela ne s’est pas arrangé. Regardez ce qui s’est passé lors des émeutes de la faim. Des pays, où la population souffrait des hausses de prix du riz ou des matières agricoles de base, exportent du sésame, de l’huile de palme, du café. Ils étaient autosuffisants d’un point de vue agricole, ils ne sont plus. Notre système économique admet, voire bénit, le gaspillage : on a, à une période, brûlé les excédents agricoles de la PAC pour ne pas perturber les prix.

 

Olivier de Schutter, rapporteur à l'ONU sur le droit à l’alimentation

 

Juriste et professeur de droit à l’université catholique de Louvain, il a succédé en 2008 à Jean Ziegler au poste de rapporteur spécial pour le droit à l’Alimentation du Conseil des droits de l’homme à l’ONU. De 2004 à 2008, il a été secrétaire de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme), où il était chargé des questions autour de la mondialisation économique.

[…] Le discours des multinationales de l'agro-business : on ne pourrait ni se passer des OGM, ni des engrais, bref, du modèle d'une agriculture productiviste.

Je ne crois pas en cette approche. Le premier problème, c'est que les agriculteurs, qui ont relancé la production sur ce modèle, sont devenus très dépendants de l'importation des semences, des pesticides et des engrais. En Inde, ils ont été obligés de s'endetter et ils n'arrivent plus à faire face. Le résultat, c'est qu'on ne règle en rien la sécurité alimentaire puisque les paysans deviennent dépendants de l'importation des intrants. De plus, avec l'augmentation du prix du pétrole, celui des engrais explose aussi. Bref, il faut trouver un autre modèle. La crise alimentaire et la crise écologique sont intimement liées. Les pays du Sud sont les premiers à souffrir du réchauffement climatique : désertification, appauvrissement des sols, inondations. On pense souvent qu'une agriculture durable, respectueuse de l'environnement, est synonyme de faible rendement. C'est une idée préconçue. Nous avons mené une étude sur 196 projets d'agriculture durable dans des pays du Sud, où nous nous sommes rendus compte, qu'au contraire, il pouvait y avoir une hausse des rendements spectaculaires.

Insuffler

Des témoignages

Henry Quinson

Votre vie est un roman…

« J’ai été dans trois endroits qui concentrent tous les fantasmes : une salle de marché, une abbaye, la banlieue. L’argent, Dieu, les autres. D’une certaine manière, ma vie est caricaturale. Un cliché ambulant ! Je suis né à Neuilly-sur-Seine, j’ai vécu aux États-Unis, mon père étant américain, et moi-même j’ai la double nationalité. J’ai passé une partie de mon enfance dans les beaux quartiers de Paris, je suis un fils de bonne famille, comme on dit. Et puis j’ai été trader. À 28 ans, je suis très rapidement devenu riche : on gérait à cinq un portefeuille d’options et de change qui correspondait à peu près au budget de la Tunisie, soit 15 milliards de dollars. Et puis j’ai tout abandonné. Je suis devenu pauvre. En 1989, j’ai démissionné de la Banque. Et je suis rentré au monastère cistercien de Tamié. Cela a été un long cheminement. Je vivais dans une famille chrétienne, mais je n’avais pas fait d’expérience personnelle de Dieu. Et puis j’ai redécouvert la prière à l’âge de 20 ans. Comment expliquer ? C’est en effet compliqué mais très simple à la fois. Je me suis adressé à lui. »

Stéphane Hessel

« […] deux vers de Sous le pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire me viennent à l’esprit :

Comme la vie est lente

Et comme l’espérance est violente

Quand on a l’âge canonique qui est le mien, 94 ans dans 2 mois, on a l’impression que cette vie a été longue et lente mais que justement tout au long de ces années qui passent il y a une chose qui reste et qui est l’espérance.

Pour moi ces deux vers ont une signification par rapport à l’individu –l’homme qui aime- mais aussi par rapport à la société, les sociétés humaines qui se propagent le long des siècles, qui ont du mal à trouver la voix, mais qui gardent en tout état de cause ce besoin d’espérance qui nous permet de voir l’avenir avec un certain courage. […]

Je crois que des gens qui ont la chance extraordinaire qui a été la mienne de surmonter des épreuves, des tentatives, de les surmonter en ne trouvant pas toujours la bonne solution, en cherchant et en cherchant encore, je crois que leur âme est le siège d’une espérance qui ne veut pas baisser les bras. Et si j’ai un message maintenant que je me suis lancé dans cette opération un peu folle de Indignez-vous !, qui est en train de parcourir la planète, c’est qu’il faut essayer d’insuffler à ceux qui vous lisent et à ceux qui vous écoutent, à ceux qui vous entourent, une confiance en eux-mêmes qui est l’exact correspondant de l’espérance. On ne peut avoir confiance en soi, confiance en son action que si on est porté par une violente espérance. »

Olivier Py

Dramaturge, metteur en scène et comédien

« L'utopie, c'est mon quotidien. Cela fait 25 ans que je fais du théâtre et que j'entends que le théâtre public est condamné, qu'il n'est pas en contact avec la société, que les salles sont vides. Et pourtant nous sommes toujours là. Oui, faire du théâtre, c'est un geste utopique, et pourtant, c'est un acte qui donne profondément sens à nos vies, nous ancre dans le réel, capte notre part de vérité. J'aime les combats utopiques, les combats perdus d'avance, ce sont les plus beaux à mener. Dans ma vie, j'en ai mené pas mal. Par romantisme, mais aussi parce que je suis croyant. La foi, c'est un engagement personnel très fort. Qui vous amène certainement à vous lancer dans des batailles, même quand on vous dit qu'elles sont déjà perdues. […] Les cyniques diront que cela ne sert à rien. Ils ont tort. Je suis persuadé que la somme de tous ces combats perdus peut changer l'homme. Déjà, elle nous change, nous. On gagne beaucoup en menant ces batailles. On crée une communauté d'esprit. On se construit soi-même.  C'est une espèce de rempart intérieur que vous vous bâtissez. Cette force-là, elle est partout autour de nous. Quelle leçon ainsi pour nous que cette insurrection spontanée qu'a été le printemps arabe ! Tout est parti pourtant d'un sacrifice, d'un homme qui se battait pour sa dignité et s'est immolé par le feu. C'était une utopie, c'est devenu une révolution. Je m'étonne qu'il n'y ait pas plus de révoltes en France, dans les quartiers difficiles, parmi tous ceux qui ont été si durement affectés par la crise. Comme si nous avions perdu notre capacité à nous mobiliser collectivement. Mais qui sait, l'avenir peut nous réserver bien des surprises. »

Des nouvelles littéraires

Flonflon se lève un matin ; son étiquette de pyjama le gratte ;  surtout, il est Président de la République. Car il a dit un jour « Votez pour une terre solidaire ». Il doit prononcer un discours à la TV devant tous les Français. Extrait :

J’en appelle à toutes et à tous ! Grenouille de bénitier, impie des mauvais quartier, mécréant assumé, ignorant ignoré ! Tous ensemble, tous ensemble ouais ! Ouais ! Pas besoin de certificat ou de confirmation ! On ne demande pas ses papiers à l’humanité ! Croix de bois, croissant de feu ! Etoile noire ou rose fanée ! A moi, révolutionnaires oranges des mornes plaines du centre, renégat du bleu-roi !, ahuri désabusé errant dans le mausolée, converti du poing levé, égaré enflammé, vert fratricide ou républicain effronté, à moi tous ceux qui croient ! A moi tous ceux qui croient que chaque sourire est une OPA sur l’avenir ! Chaque main tendue une fusion ! Chaque décision en faveur de l’amour une politique de relance ! Nous serons la bourse des indigents ! Le stock exchange de ceux qui veulent tout donner car ils n’ont rien à perdre ! A moi tous ceux qui ont voté Terre Solidaire ! Vous êtes les ministres et je ne suis qu’un contribuable…

-Monsieur le Président ?

-Heu ?

- Nous avons du rendre l’antenne…c’est l’heure du Gros deal avec notre animateur vedette.

Montrer des pistes pour faire

Dans le cadre d’une organisation

Le délégué général du CCFD présente la vision de l’organisation dans une interview, extrait :

« […] Etre acteur de sa propre histoire, c’est la définition du développement qui me semble la plus en adéquation avec la vision du CCFD-Terre Solidaire. Nous sommes des utopistes. Nous devons décrire le monde que nous souhaitons. Dans sa régulation humaine, dans sa régulation économique. Le chemin à parcourir d’ici à notre utopie sera peut être long, sinueux, parcouru d’accélérations historiques comme en ce début d’année 2011… mais chaque pas provoquera du changement. Je ne dirai pas ce qui doit être le point d’aboutissement de leur révolution. A chacun de voir quelle forme peut prendre la libération de l’homme. »

Le responsable des partenariats Afrique présente la particularité du travail du CCFD, extrait :

« Parce que les raisons de la pauvreté sont structurelles, il est indispensable de formuler des réponses d’ordre « politique » et pas seulement techniques. Seule l’action citoyenne est le moteur de la transformation sociale. Cette transformation sociale n’est pas le « gadget » d’intellos : c’est le cœur d’un vrai partenariat autour d’un intérêt partagé. Pout nous, pas de « bénéficiaire »,  nous aimons trop les hommes pour les réduire à des réceptacles. Nous pensons que chacun doit pouvoir être maître de son propre destin, acteur de sa propre vie. Les projets que nous soutenons doivent être au plus près des réalité du terrain, mis en œuvre par les populations locales et bénéficier à leur propre développement ».

En tant que citoyen

L’expertise est citoyenne ! Pascal Vincens, Directeur de l’éducation au développement du CCFD - Terre solidaire

« L’expertise est citoyenne ! […] Ainsi le développement n’est pas simplement l’affaire des intellectuels, des chercheurs, des économistes, des dirigeants politiques ou économiques. Il est aussi (et surtout) l’affaire des paysans, des ouvriers, des techniciens, des pauvres, des miséreux. Et si le rouleau compresseur de la peur, de la résignation, de l’impuissance affectent ces capacités au point, parfois, de les restreindre à la portion congru chez nombre d’entre nous, il ne parviendra jamais à les faire disparaître. Bonne nouvelle ! »

Quelques exemples d’actions citoyennes, aussi bien dans des pays du sud qu’en France. 

  • En France, des femmes et des hommes choisissent d’investir leur épargne pour racheter des terres agricoles et de les confier, pour un temps donné à l’usage d’un fermier qui la cultivera  de façon écologique, voire biologique. Regroupés dans l’association Terre de Liens, ils promeuvent une conception alternative de la terre et ont inventé les mécanismes permettant de la soustraire de l’emprise spéculative et des logiques productivistes. Voir page 79
  • Un quartier aux environs de Toulon gravement affecté par le chômage et la mise à l’écart sociale. Des femmes d’origines multiples, se réunissent, d’abord un club de cuisine, puis un restaurant. Aujourd’hui, le Petit Prince ouvre ses portes tous les jours à l’heure du déjeuner, une réussite économique et sociale, mais aussi et surtout, la création d’une véritable solidarité de proximité. Voir page 168
  • Jacqueline Méaux, à 65 ans, exige de se faire embarquer par la police monégasque avec le groupe de militants qu’elle accompagne, et qui dénonce l’hypocrisie des pays du G20 sur le sujet des paradis fiscaux. Voir page 66
  • En Afrique du Sud, le SPP (Surplus people project) agit pour mettre en œuvre la réforme agraire décidée à la fin du régime d'apartheid ; il défend l'installation de fermiers noirs pratiquant une agriculture familiale et biologique. Jusque-là, des fermiers blancs exploitaient l'essentiel de la terre en y pratiquant les méthodes de l'agrobusiness. Grâce à son action, depuis 2008, 40 000 ha de terres ont été attribués à 350 exploitants. Voir page 29
  • En Afrique du Sud toujours, préoccupés par la misère des townships (bidonvilles), des citoyens ont décidé d’unir leurs efforts pour mettre sur pied une organisation de micro-finance : Tembeka. Leurs constats et leurs analyses les ont conduits à affirmer, qu’au cœur même des situations de misère, des hommes et des femmes sont capables de prise d’initiatives économiques qui vont transformer leur vie pour peu qu’ils aient accès à quelques financements. Et ça marche ! Voir page 12
  • En Inde, plus de 500 000 femmes dans plus de 500 villages… C’est le réseau incroyable qu’a réussi à constituer Christina Samy, fondatrice du réseau Swate « Society of Women in action for Total Empowerment », qui milite pour la défense du droits des femmes, et membre du parti politique Women’s Front. Voir page 80

III PROLOGUE

Extrait de la préface du Président du CCFD, Guy Aurenche.

« Notre Comité ne serait pas lui-même s’il ne vibrait pas d’une grande symphonie de convictions. Oui il puise son énergie, son souffle dans la Bonne Nouvelle chrétienne et dans la pensée sociale de l’Église. Loin de l’enfermer dans une chapelle, la « catholicité » du CCFD–Terre Solidaire ne peut être qu’ouverture aux diverses propositions de sens qui vivifient l’humanité. »

Oui bien (message laïc) : « Car c’est bien de cela dont parle ce livre. Des milliers de femmes, d’hommes, d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, se mettent en route, jouent leur vie dans une chorégraphie de la solidarité pour davantage de justice.

Aujourd’hui une immense chaîne humaine se rassemble, agit, croit, réfléchit, prie, espère, en un mot danse l’espérance ! »