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Alors que le thème d’année aborde le partage des richesses, donc débordant largement le cadre de l’argent, la réduction à celui-ci peut être symbolique à condition de ne pas oublier tout le reste (richesses de culture, de savoir, de tradition, de santé, de relations etc.)

Je propose de parcourir simplement le livre de P. Debergé, en me contentant de changer le titre des chapitres. Les pages indiquées en italiques renvoient à l’ouvrage cité.

L’argent dans la Bible – Edition Nouvelle Cité – 1999 (139p. 12,96E)

On trouve dans la Bible des traces de l’histoire des échanges commerciaux depuis le troc, puis métal au poids, enfin la monnaie métallique s’introduit en Palestine avec l’occupation perse (500 à 300) La monnaie-papier interviendra bien plus tard, avec nos assignats sous la Révolution.

 

Les patriarches sont riches ; c’est une bénédiction de Dieu. Mais tout au long de la Bible, on trouve une tension par apport à l’argent entre bénédiction et remise en question. p.21

P. Debergé regroupe les éléments de son analyse sous 5 titres, que je modifierai un peu.

 

Ch 1 Ancien Testament - La richesse : chance et danger

Tout d’abord, un étonnement : la richesse est un signe de la bonté de Dieu

* C’est une réponse à la fidélité de l’homme. La raison = c’est qu’il n’y avait pas de croyance en l’au-delà jusqu’au 2° s. avant JC  la récompense est ici-bas.

Mais Job pose la question du juste éprouvé et pauvre. La réponse des prophètes sera : certaines richesses sont injustes, parce qu’acquises sur le dos des pauvres.

* Jusqu’au 10° s (monarchie) il y a une certaine égalité en Israël p.27. Mais à ce moment-là surgissent de grosses inégalités fustigées par Amos, Isaïe, Michée qui dénoncent la rupture de la solidarité sociale p.31 L’inégale répartition des biens devient source de violence et d’oppression et le culte en devient faussé, car l’argent est une idole ; même la justice est pourrie.

* On trouve le même son de cloche dans les écrits de la Sagesse : les richesses sont un bien, mais elles sont dangereuses, provoquent tourments et préoccupations. La mort vient tout enlever et l’on meurt nu (cf Qohelet). Les biens supérieurs à désirer sont la santé, la sagesse, l’honnêteté, la bonne réputation (Sir 30,14) p. 36

Les richesses mal acquises sont à fuir. Ce ne sont pas les richesses elles-mêmes qui sont dangereuses, mais elles faussent les relations entraînant mépris de Dieu et des autres

Il faut donc choisir (cf le jeune roi Salomon (1R 3,11) : la sagesse conduit à la modération (Prov 30,7)

Globalement, les richesses sont un bien, son utilisation peut être dangereuse, mais jamais la pauvreté n’est présentée comme une réalité positive (cf Job)

 

Ch 2 : S’enrichir auprès de Dieu : Nouveau Testament

* Jésus reprend l’enseignement de l’Ancien Testament sur l’importance et le danger des richesses.

L’argent a eu une place importante dans les rappels de l’évangile : Jésus a eu des amis riches, mais il a envoyé ses disciples sans réserves, dans la gratuité : l’ouvrier a droit à son salaire p.47

Beaucoup de paraboles sur ce thème de l’argent (bon samaritain, recherche d’une pièce par une femme, gérant malhonnête, argent mis dans un trou…)

Jésus donne des exemples : piécettes de la pauvre veuve, impôt de César..

* Il insiste sur les pièges de l’argent : il est trompeur p.51 Il est qualifié de « malhonnête » non parce qu’il a été volé, mais parce que l’on s’approprie des biens qui n’appartiennent qu’à Dieu (ou ce que l’on appelle encore la destination universelle des biens NDLR) Il s’agit de s’enrichir au près de Dieu et non de mettre sa confiance dans les seules richesses (voir parabole de celui qui veut construire des greniers, alors qu’il est proche de sa mort.)

Autre danger : il rend aveugle : le mauvais riche ne voit pas Lazare ; il rend sourd : même si quelqu’un vient d’entre les morts, ils ne l’écouteront point. De même le jeune homme riche en quête de vérité et de bonheur véritable est incapable d’aller au bout de sa quête : c’est la leçon de la semence étouffée par les épines.

Si l’homme se laisse submerger par les richesses, elles deviennent une idole et il n’a pas d’autre objectif. De plus, il oublie qu’il n’est qu’un intendant : le meilleur des investissements consiste donc à s’enrichir auprès de Dieu p.58

 

* Choisir le bon investissement, le bon enrichissement, c’est s’ouvrir à l’univers de Dieu, ce qui passe par un travail de dépossession et d’abandon. Ne vous tourmentez pas pour votre vie, pour le vêtement ou la nourriture = littéralement n’en faites pas votre « horizon » (étahorizomai : lever le regard vers) Choisir son maître, sa dépendance

Au lieu de choisir l’argent pour une illusoire indépendance qui nous permettrait d’échapper à nos limites ou de tricher avec elles, Jésus invite à la vérité à accepter sa dépendance et à se recevoir de Dieu (très beaux passages p. 62 et ss)

Pour cela, il faut ramener l’argent de sa position d’idole, à sa vraie place qui est celle d’instrument.

En dénonçant l’illusion de l’argent, Jésus mettait en garde contre le refus d’accepter ses fragilités, sa dépendance (NDLR comme pour le péché d’origine – refus de filiation ou encore comme le danger d’idolâtrie des astres dans le même texte de la Genèse : ils ne sont que des luminaires !) Toujours priorité à Dieu.

L’homme s’enrichit auprès de Dieu, en acceptant sa fragilité ; il s’ouvre à la richesse de Dieu p. 67 La route à suivre consiste à consentir à sa propre pauvreté : pour les uns, c’est l’invitation à renoncer aux biens (cf apôtres), pour d’autres ce sera une manière différente de les utiliser (cf Zachée)

 

Ch 3 – Spiritualité : Bienheureux les pauvres

Dans l’AT La Bible parle plus des pauvres que de la pauvreté et il s’agit plus d’une question sociale (orphelins, veuves, étrangers) qu’économique : elle engendre dépendance, faiblesses, infériorité.

La grande question est : comment se fait-il qu’il y ait des pauvres dans le peuple de Dieu ? Ce scandale contredit la providence divine. D’où vient-elle ?

  • de Dieu ? (p. 72)

  • des hommes infidèles à Dieu ? Mais problème posé par le cas de Job : le pauvre n’est pas toujours pécheur et le riche n’est pas toujours juste.

  • de l’injustice des hommes : donc la pauvreté est un mal qui brise l’unité et la fraternité du peuple de Dieu

Révolte des prophètes devant l’incurie ou la méchanceté de ceux qui ont pour mission de lutter contre cette pauvreté (rois, prêtres, juges), qui se font des palais au lieu de soutenir veuves et orphelins. La pauvreté est donc un péché contre Dieu et les célébrations liturgiques sont hypocrites et inacceptables. Car Dieu est créateur de tous et n’accepte pas l’injustice. On se met donc à espérer un restaurateur du droit (Is 11 : rameau de Jessé p. 80)

Que faire en attendant ? Lutter contre toute pauvreté, mais en tirer le meilleur, puisque elle peut préserver des pièges de la richesse et conduire à Dieu. Si, au départ, la pauvreté conteste la providence divine, elle peut devenir un lieu où se révèle le protecteur des pauvres (surtout dans les psaumes qui sont souvent des prières de pauvres) Les psaumes évoquent diverses pauvretés (p. 82) : faim, persécution, maladie... d’où beaucoup de plaintes ou même de reproches à Dieu, mais au bout, c’est toujours un cri de confiance qui jaillit. Dans sa misère, le pauvre fait l’expérience de la proximité de Dieu et s’abandonne. (p. 84)

La pauvreté peut même conduire au bonheur, bonheur d’être avec Dieu. En même temps, on y trouve une contestation du monde, de son injustice, de son imperméabilité à Dieu. Le pauvre devient ainsi évangélisateur de ses frères. Et Sophonie va prêcher en même temps la justice et l’humilité/pauvreté (p. 86)

Un « petit reste » sera l’avenir du peuple, privilégiant une attitude de désir, de disponibilité, d’abandon entre les mains de Dieu

P 88 On en vient après un long processus à la spiritualisation de la figure du pauvre qui n’est plus qualifié par l’aspect économique ou social, mais par son attitude religieuse, il est l’image du fidèle, juste, confiant, abandonné à Dieu, l’anaw « pauvre du Seigneur »

Le pauvre ne se complait pas dans sa misère, mais il compte sur Dieu pour que ses droits soient reconnus, car le bonheur des méchants ne dure qu’un instant Ps 37

 

Dans le NT Jésus accomplira ce que les prophètes ont annoncé, mais sans s’insurger contre les injustices de son temps, en acceptant l’amitié de riches. Cela ne signifie pas qu’il admet ces injustices, mais il se situe de manière originale : il vient inaugurer le Règne de Dieu, monde juste, fraternel et solidaire. Alors s’accomplirait la Bonne Nouvelle qu’il était venu annoncer aux pauvres. Il le précise dans la synagogue de Nazareth Lc 4,16 ( les pauvres seront les premiers bénéficiaires de cette libération) et lorsqu’il répond aux messagers de Jean Baptiste Lc 7,18

Tout au long de son ministère, il partage la condition des pauvres et des exclus, proche des malades, pécheurs etc. Sa prédication annonce un monde où les pauvres auront la première place  il proclame « Heureux vous les pauvres » non pas à cause de leur pauvreté, qui reste un mal, mais parce que leurs droits et leur dignité seront rétablis à cause du parti pris de Dieu pour les petits (cf Magnificat Lc 1)

Cette annonce allait à l’encontre des riches et des puissants : elle lui vaudra leur haine et le conduira à une mort en solidarité avec les pauvres. Se dépouillant de sa propre vie, il révèle le cœur du Père proche des petits, alors que les riches sont à plaindre quand ils se ferment à cet amour, en écrasant ou rejetant ou oubliant leurs frères pauvres. D’où l’appel à se dépouiller des richesses pour les mettre au service du Royaume = « s’enrichir auprès de Dieu »

Double version des béatitudes en Luc et Mtt ; elles rejoignent la double perception biblique de la pauvreté = un mal à combattre car il atteint Dieu lui-même et le lieu où l’homme devient fils et frère universel, qui consent à imiter la pauvreté de Dieu. Alors, les richesses peuvent devenir instrument de solidarité et de fraternité au service du Royaume.

Les pauvretés subies ou consenties rappellent l’exigence du partage et du dépouillement recommandés avec force en Mtt 25.

 

Ch IV – Pratique des croyants juifs et des 1ers chrétiens

A) Dans l’AT, pour retrouver la solidarité perdue, le peuple a élaboré des lois destinées à rétablir des rapports justes avec la terre et les biens matériels (glanage, dîme, restitution des terres au jubilé...

  1. Prêt à intérêt L’utilisation de l’argent sera au cœur de la réflexion du peuple de Dieu  législation sur le prêt à intérêt contraire à ce qui se pratiquait dans les Pays de l’ancien Proche Orient ; elle se base sur le constat : l’endettement est source de pauvreté. P. 112

Interdiction fondamentale du prêt à intérêt entre frères est fondé sur la libération de l’Egypte et l’appartenance au même peuple de Dieu, où l’on devait de s’entraider.

  1. Loi sur les gages Interdiction de prendre les objets de première nécessité (outils, manteaux…pour que les pauvres ne sombrent pas dans la misère). De même, respect dans les démarches cf Dt 24,11 « tu te tiendras dehors » (sous-entendu : pour respecter la dignité de l’emprunteur ; Nous sommes loin des méthodes de nos saisies modernes !

  2. Remise des dettes tous les 7 ans

  3. Libération des esclaves juifs tous les 7 ans avec pécule de réinsertion Dt 15,13

  4. Année jubilaire (tous les 50 ans) Repos des terres, restitution des propriétés (Dieu en est l’unique propriétaire) Ces lois ont-elles été respectées ? Au retour d’exil, Néhémie a fait pression auprès des riches pour qu’ils les appliquent. Mais respectées ou pas, elles rappelaient à Israël que depuis l’Egypte, où il était est né dans un contexte de peuple solidaire, il devait le rester s’il voulait survivre.

  5. L’aumône Elle est source de bonheur (cf Tobit 4,7) En hébreu, c’est le même mot qui désigne l’aumône et la justice : c’était bien dire, comme le fera St Ambroise, qu’en pratiquant l’aumône, on rend aux pauvres ce qui leur appartient « La terre appartient à tous et non aux riches. ». Et Jésus ajoutera qu’il ne suffit pas de donner de son superflu, mais même de son nécessaire (Mc 12,43). Partage des richesses, déjà ! p. 120

  6. Le sabbat Double célébration de la création et de la libération d’Egypte, elle assurera le repos de tous les travailleurs hommes et bêtes. La législation biblique dénonçait le danger d’enfermer les humains dans le travail, ou de ne se construire comme humanité que par rapport au travail ou aux seules réalités économiques. Elle invitait les hommes à s’ouvrir à d’autres valeurs (famille, loisirs, spiritualité…) et à Celui dont ils sont l’image. A la lumière du projet de Dieu, l’argent et les richesses trouvent leur vraie place : des instruments au service de la construction d’une humanité fraternelle et solidaire.

B) Dans le NT : Actes des apôtres 4,34 : nul parmi eux n’était pauvre.

Luc décrit la première communauté chrétienne comme un groupe n’ayant pas d’indigents. Idéal ou réalité ? L’exemple de Barnabé, vendant son champ (Act 4,36) montre que peut-être Luc a présenté comme idéal un fait qui était exceptionnel, modèle de dépossession et de partage. En outre, cet idéal de partage n’était pas étranger au monde grec (cf pythagoriciens de Crotone p. 125)

Mais Luc n’est pas dupe (cf épisode d’Ananie Act 5,1) ; ce qui leur est reproché, ce n’est pas le refus du partage qui restait libre, mais c’est le mensonge à la communauté et donc à l’Esprit-Saint. Leur mort signifie que, coupé de la communauté, on meurt. On a parlé à ce propos du « péché originel » de la 1ère communauté chrétienne ; c’est un refus de fraternité, comme pour Adam et Eve ce fut un refus de filiation.

Ce qui est également refusé, c’est le commerce religieux (Simon le magicien…) Parmi les qualités requises pour les prêtres et les diacres, on souligne souvent l’absence de cupidité. Donc, ni mépris, ni idolâtrie de l’argent, mais invitation à le laisser à son rôle de solidarité et de fraternité, au service du Royaume de Dieu.

Il y aura des déviances : cf épître Jacques Jc 2,1 : accepter des discriminations sociales est contraire à la foi en Jésus-Christ et il faut que ce choix des pauvres se concrétise en œuvres.

St Jacques va même jusqu’à dire : la religion pure et sans tâche devant Dieu le Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse.. »

Le lettre aux hébreux, dans le même sens demande de visiter les prisonniers : ce sont ces sacrifices qui plaisent à Dieu (Heb 13,16)

Le don n’est pas affaire de quantité, mais de générosité du cœur (veuve au Temple)

Le partage est manifestation de notre conversion au monde de Dieu, qui est le monde de la gratuité, de l’humilité car ne possédant rien par nous-mêmes, nous ne sommes que les instruments de la solidarité qui a sa source en Dieu.

Paul disait que l’argent et le pouvoir ne sont que folie des hommes : Dieu choisit ce qui est faible. Dans la communauté chrétienne, il ne doit pas y avoir de clivage social (plus d’esclave ni d’homme libre) on se reçoit du Christ ; le signe et le lieu de ce don, c’est l’eucharistie où doit se vivre l’égalité et non les ripailles de certains. Autre conséquence : la collecte qu’il lance pour la communauté pauvre de Jérusalem, pour « établir l’égalité en partageant ce que vous avez en trop » (2 Cor 8, 13)

Donc ce que décrit Luc à travers son tableau idyllique, c’est ce que les communautés sont capables de faire lorsqu’elles se laissent travailler par l’Esprit. L’argent et les richesses ne sont plus cause de division mais instruments pour construire égalité et fraternité qui se caractérisent par le partage et la mise en commun des biens.

 

CH V : Conclusion : Riches de sa pauvreté.

La spiritualité a beaucoup à voir avec l’argent et les richesses. Ceux-ci sont bons et ils ont par essence, une dimension collective. Ils sont au service d’un monde à construire ensemble dans la fraternité et la solidarité. Les pratiques contraires, scandaleuses et pécheresses reflètent l’oubli et même le refus de Dieu. Donc l’utilisation de l’argent ne relève pas seulement du domaine de la morale, mais de la foi. Car l’argent est un lieu de vérité, il reflète ce qui est essentiel pour chacun : confort, plaisir, justice, partage … ? d’où, il est aussi un lieu de ruses de mensonges avec soi-même « argent trompeur » dit Jésus ; méfiez-vous – idoles – choisir entre 2 maîtres !

C’est pourquoi, la Bible présente le don comme un devoir fondamental ; l’aumône est plus qu’une obligation ; elle contribue au rétablissement de la justice (justice et aumône sont un seul et même mot). Le don est ensuite signe de liberté ; et en désacralisant l’argent, il permet d’entrer dans le monde de la gratuité, au mépris parfois des logiques humaines (cf le geste de Marie-Madeleine – parfum d’un prix correspondant à 300 jours de travail !). Donner, c’est ne plus être propriétaire de son don : le contraire de ceux qui veulent donner qu’à ceux qu’ils connaissent. (que ta main droite ignore ce que donne ta main gauche)

Combien donner ? La Bible recommande la dîme. Jésus va plus loin, puisqu’en donnant l’exemple de la veuve, il invite à donner même de son nécessaire.

Don d’argent, mais aussi de temps, de compétences de savoir etc. Et ne pas sacraliser le don : il faut aller jusqu’aux causes. Déjà dans l’AT, de nombreuses mesures allaient dans ce sens (cf + haut : prêt à intérêt etc.). Le don ne peut pas être un alibi à l’injustice.

Et d’abord, Jésus invite à gérer son argent de manière responsable, pour le bien de tous (parabole du gérant malhonnête). Aujourd’hui, ce souci peut se traduire par le choix des banques ou des investissements, fonds de partage, produits éthiques etc. Cela traduit la conviction qu’il ne peut y avoir d’économie véritable que solidaire et qu’une gestion responsable de l’argent doit tenir compte de la réalité des pauvres et de leur endettement. Il s’agit de dresser « les nouvelles frontières de l’argent » pour qu’il soit réellement au service de l’homme et non l’inverse. A ce prix, l’économie retrouvera sa double vocation de facteur de développement et de solidarité, à condition de ne pas laisser les processus se développer sans contrôle.

Enfin, la pauvreté, qui, subie, est un mal, peut être aussi un signe. Signe de notre dépendance à l’égard de Dieu et de nos frères, signe que Dieu est notre seule richesse. Dans ce sens va le choix de la pauvreté par certains. Ce n’est pas une évasion de la réalité de l’argent, mais le partage du souci d’argent qu’ont les vrais pauvres. C’est une attitude dépossession. Elle va jusqu’à faire cette prière : Ne me donne ni pauvreté ni richesse, puisque l’une conduit au désespoir ou au vol et l’autre à l’oubli de Dieu (Prov 30,7)

Donc, ni riche ni pauvre, ou plutôt, riche de la pauvreté du Christ qui rend libre pour nous recevoir de Dieu. Ceci est développé, dans des aspects assez proches par Mgr Rouet (plaquette de Carême)

Reste toujours le scandale de la présence des pauvres dans notre monde « Qu’as-tu fait de ton frère ? », appel à nous ouvrir à la toute puissance de l’Amour.

« De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas, disait Pierre ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche ! » (Act 3,6).

 

* * *

PS1 - Pour faire le lien avec notre thème d’année.

Du temps de Jésus, il n’était pas question de mondialisation. Ce sont des questions nouvelles qui appellent des réponses nouvelles. Car s’il y a toujours les pistes de la spiritualité, il faut bien aussi les garde-fous plus contraignants que sont les lois ou les organismes nationaux ou internationaux.

J’ai été heureux de trouver plusieurs articles qui, sans entrer dans les détails évoquent une sorte d’ONU économique, gouvernance mondiale (cf encyclique – appel au G 20 de personnalités – Guy Rider) et aussi le souhait d’un salaire équitable mondial indexé sur le PIB de chaque pays.

 

PS 2 Article dans la plaquette de Carême

P Gaël Giraud : Argent comme lieu d’une expérience spirituelle

Il part de la parabole du gérant malhonnête et surtout de l’expression centrale : faites-vous des amis avec les richesses injustes.

L’argent devrait aider à renforcer la qualité de nos relations humaines

Mon ami, dit le maître aux ouvriers contestataires : le malentendu ne porte pas sur une grille salariale, mais sur la visée finale de tout contrat : la qualité de nos relations, promesse de relations qui prime sur nos différends contractuels. Cette promesse donne poids et valeur au lien social qui rend possible de s’engager dans un contrat. ( confiance mise à mal dans la crise actuelle)

A l’heure des comptes, la tentation est grande de réclamer son dû et de ne plus parler à l’autre comme à un ami, de perpétuer la violence qu’ont déjà provoquée les pertes liées à nos erreurs de gestion. Aujourd’hui, l’effacement de la dette des pays ou des ménages pauvres est impératif si nous voulons préserver le lien social. Une priorité bien plus urgente que le sauvetage des acquis du système financier. Tout notre rapport à l’argent se dit dans cette priorité.

 

PS 3 Résumé des grandes lignes du livre de P. Debergé dans le dossier « Thème d’année »